Un tapis de prière de luxe est un tapis noué à la main, en laine, en soie ou en mélange des deux, sur une chaîne de coton ou de soie. Ce qui le distingue d’un tapis ordinaire, c’est la fabrication : chaque nœud est fait par un artisan, ce qui représente des semaines, parfois des mois de travail pour une pièce de la taille d’un tapis de prière.
Nous sommes une famille de marchands de tapis de la région toulousaine, dans le métier depuis 1997. Voici les repères que l’on utilise pour distinguer un vrai tapis noué main d’une imitation, et ce qu’il faut savoir avant d’investir dans une pièce précieuse. Notre boutique est en ligne uniquement, et nous livrons partout en France.
Noué main, tissé machine, tufté : comment les distinguer ?
Trois fabrications dominent le marché, et seule la première mérite vraiment le mot « luxe ».
| Fabrication | Repères visuels | Durée de vie | Gamme de prix |
|---|---|---|---|
| Noué main | Dos qui reprend le dessin, nœuds individuels légèrement irréguliers, franges prolongeant la chaîne | Plusieurs décennies, parfois plus d’un siècle pour un bon entretien | Élevée, de quelques centaines d’euros à plusieurs milliers |
| Tissé mécanique (métier Jacquard, Wilton) | Dos très régulier, dessin parfait et répété à l’identique, franges souvent rapportées | Variable, souvent quelques années en usage quotidien | Faible à moyenne |
| Tufté (à la machine ou au pistolet) | Dos recouvert d’une toile ou d’une colle (latex), aucun nœud visible | Courte, le poil peut se décoller | Faible |
Un tapis imprimé qui imite le motif d’un tapis noué main existe aussi : le dessin est alors posé sur un support uniforme, sans aucune structure de nœuds.
Le test de l’envers
C’est le geste le plus fiable. Retournez le tapis : sur une pièce nouée main, on voit des rangées de petits nœuds, et le motif se retrouve au dos, un peu plus terne. Les nœuds ne sont jamais parfaitement identiques, et c’est justement un bon signe.
Si le dos est recouvert d’une toile collée, ou si les lignes sont d’une régularité de papier millimétré, il s’agit d’un procédé mécanique ou tufté.
Le test des franges
Sur un tapis noué, les franges sont le prolongement des fils de chaîne qui traversent toute la pièce. On ne peut pas les arracher d’un geste. Sur un tapis mécanique, elles sont fréquemment cousues ou collées sur le bord : si vous soulevez la frange et voyez une couture ou une bande rapportée, ce n’est pas un tapis noué.
Ce repère est largement partagé par les marchands de tapis, par exemple ce guide d’identification.
Laine, soie, coton, viscose : quelles matières ?
Les fibres déterminent le toucher, la brillance et la tenue dans le temps.
- La laine : résistante, élastique, naturellement un peu protégée contre la saleté. C’est la matière du tapis de tous les jours, et celle de la majorité des tapis de prière anciens.
- La soie : fibre fine et brillante, qui permet des nœuds très serrés et des dessins d’une grande précision. Elle est plus fragile à l’usure et à l’humidité.
- Laine et soie : la soie est utilisée en rehaut pour mettre des détails en lumière, sur un fond de laine.
- Le coton : le plus souvent utilisé pour la chaîne et la trame, c’est-à-dire la structure du tapis, plus rarement pour le poil.
- La viscose : fibre artificielle fabriquée à partir de cellulose, que l’on appelle parfois « soie artificielle » ou « soie de bambou ».
Comment repérer la fausse soie ?
La viscose brille, mais d’un éclat uniforme, un peu froid. La soie naturelle a un reflet changeant : la couleur semble varier quand on bouge ou qu’on passe la main dans le sens du poil, puis à contre-poil.
Deux autres indices :
- la viscose se ternit et se marque à l’humidité et au piétinement, alors que la soie reste souple ;
- à la combustion d’un fil, la soie sent le cheveu brûlé, la viscose le papier. Ne faites ce test que sur un fil prélevé avec l’accord du vendeur, sur une frange ou un bord.
La distinction entre soie et fibres artificielles est un classique du commerce du tapis. Un tapis vendu « en soie » sans certificat de composition ni possibilité de le vérifier mérite un doute sérieux.
Quelle densité de nœuds pour un tapis de prière fin ?
La finesse se mesure en nœuds par cm² (ou par pouce carré, « KPSI » dans le jargon anglo-saxon). Plus le tapis est fin, plus le dessin est précis et plus le travail est long.
- Il n’existe pas de seuil universel : la densité « varie énormément selon les régions et les époques », et un dos plus grossier ne signifie pas un tapis de moindre valeur (Turkish Rug House).
- Les tapis de soie de Hereke sont cités avec plus d’un million de nœuds par mètre carré, soit plus de 100 nœuds par cm² (Wikipédia).
Pour compter vous-même : retournez le tapis, mesurez un carré de 1 cm de côté et comptez les nœuds visibles dans la rangée, dans les deux sens, puis multipliez. Un nombre élevé n’est pas un gage de qualité à lui seul : la régularité, la qualité de la laine ou de la soie et l’état général comptent autant.
Hereke, Kayseri, Kashan : quels centres sont réputés ?
L’origine d’un tapis de prière se lit dans son dessin, sa matière et sa technique. Certains centres sont devenus des références.
En Turquie
- Hereke : la manufacture impériale a été fondée en 1843 par le sultan Abdülmecid pour produire des tapis et des tissus destinés à la cour ottomane. Elle est restée célèbre pour ses soies et ses nœuds fins (Wikipédia).
- Kayseri, Konya et Ghiordès (Gördes) : des centres d’Anatolie dont les tapis de prière sont cités parmi les grands classiques du genre. Le nœud symétrique dit de Ghiordès porte même le nom de la ville (Wikipédia, tapis de prière).
En Iran
- Kashan, Qom et Ispahan : des villes connues pour leurs tapis fins en laine ou en soie, aux décors floraux et aux arches soignées. Pour situer ces styles dans l’histoire, la notice de l’Encyclopædia Britannica sur le tapis de prière est un bon point de départ : elle distingue les arches pointues d’Anatolie des arches courbes des tapis persans.
Au Cachemire
- Les tapis de soie du Cachemire sont réputés pour leurs nœuds fins et leurs couleurs chaudes.
Un tapis ancien (on parle de « tapis de prière turc ancien » pour une pièce de plusieurs décennies) se juge d’abord à son état : usure régulière, couleurs naturelles qui ont patiné, restaurations éventuelles. Faites-le toujours examiner avant un gros achat.
Le mihrab : un motif à regarder de près
L’arche du tapis de prière évoque le mihrab, la niche d’une mosquée qui indique la direction de la prière. Sur un tapis noué main, ce motif peut être orné de lampes suspendues, de colonnes, de vases fleuris ou d’un arbre de vie, selon l’atelier et l’époque. C’est souvent là que la finesse du travail se voit le mieux : lignes nettes, courbes harmonieuses, symétrie respectée à quelques irrégularités près.
Si le sens de ces mots vous intéresse, notre guide sur la sajada, le tapis de prière en détaille l’origine. Si vous préférez un décor épuré, voyez aussi notre guide du tapis de prière sans motif.
Arnaques courantes : comment les éviter ?
Quelques pièges reviennent régulièrement :
- La fausse soie : viscose vendue comme soie, à un prix qui n’a rien à voir avec la valeur réelle.
- Le « fait main » imprimé : motif imprimé sur un support uniforme, présenté comme noué à la main. Le test du dos suffit à le démasquer.
- Les franges rapportées : cousues sur un tapis mécanique pour imiter un tapis noué.
- Le faux « Hereke » : le nom est utilisé comme argument de vente sur des tapis mécaniques. Un vrai Hereke de soie est cher.
- Le prix barré spectaculaire : « -70 % » sur une pièce dont le prix de départ n’a jamais été pratiqué.
Pour situer les prix, voyez notre guide sur le prix d’un tapis de prière, et pour comparer les canaux de vente, où acheter un tapis de prière. Les bons réflexes : demander la composition précise (laine, soie, viscose), l’origine, la densité de nœuds, des photos de l’envers et des franges, et la possibilité de retourner la pièce.
Un tapis précieux pour la prière de tous les jours ?
Soyons honnêtes : un tapis noué main en soie est souvent gardé pour les grandes occasions, ou exposé comme une pièce de décoration. Il supporte mal le piétinement quotidien, l’humidité des mains et du front, et un lavage fréquent.
Pour la prière de tous les jours, beaucoup de personnes préfèrent un tapis rembourré, facile à laver et à ranger. C’est le choix de notre boutique : le tapis de prière épais mesure 65 × 110 cm (hors frange), environ 12 mm d’épaisseur, avec un dessus doux à motif en relief et un dessous antidérapant. Il pèse environ 550 g, se plie facilement et existe en 8 couleurs, à 14,99 €.
Les deux approches se complètent : un tapis précieux pour les occasions, un tapis confortable pour le quotidien. Pour comparer les options, voir notre guide pour choisir son tapis de prière. Si vous cherchez un cadeau, le guide pour offrir un tapis de prière propose des idées par occasion, et le guide du tapis de prière personnalisé présente les options avec prénom.
Comment entretenir un tapis de prière en laine ou en soie ?
Un tapis précieux se conserve bien si on le traite avec douceur.
- Aspirer régulièrement, dans le sens du poil, sans brosse rotative. Ne jamais aspirer les franges.
- Secouer le tapis à l’air libre de temps en temps, jamais en le battant fort.
- Tourner la pièce de temps à autre pour répartir l’usure et l’exposition à la lumière.
- Éviter le soleil direct, qui fait pâlir les couleurs naturelles.
- Tache : éponger avec un tissu propre et de l’eau tiède, sans frotter. Pas de produit ménager agressif ni d’eau de Javel.
- Lavage complet : à confier à un professionnel du tapis, surtout pour la soie. Ne le lavez pas en machine.
- Rangement : roulé (jamais plié) dans un tissu respirant, avec une protection contre les mites pour la laine.
Pour un tapis rembourré comme les nôtres, les gestes sont plus simples : voir notre guide sur l’entretien du tapis de prière.